La résistance continue à Kanehsatake[1]

Depuis quelques mois, on entend beaucoup parler du conflit qui fait rage dans la communauté de Kanehsatake. Cependant, comme lors de la fameuse "crise d'Oka" en 1990, les médias sont loin d'être objectifs quand vient le temps de nous informer sur les luttes menées par les communautés autochtones. Contrairement à ce que les médias et les gouvernements affirment, le conflit n'est pas une lutte entre James Gabriel, Grand Chef du Conseil de bande de Kanehsatake, et le "crime organisé" sur le territoire, mais bel et bien la lutte de cette communauté contre le pouvoir despotique de Gabriel et de sa milice privée, mais aussi la lutte contre les politiques coloniales des gouvernements canadien et québécois.

Depuis le mois de janvier, la communauté de Kanehsatake résiste à une véritable invasion militaire de son territoire. En janvier 2004, James Gabriel, en collaboration avec les gouvernements fédéral et provincial, a recruté plus d'une soixantaine d'agents de différents corps policiers pour soi-disant "rétablir l'ordre dans la communauté". Sous le prétexte de combattre la criminalité et la "contrebande" de cigarettes se cache la vraie motivation de cette invasion policière de la communauté; faire taire l'opposition à Gabriel et imposer la loi S-24, une loi négociée en secret entre Gabriel et le gouvernement fédéral. Cette loi permet la privatisation de terrains valant plus de 14 millions de dollars, en plus d'imposer l'harmonisation des règles du conseil de bande avec les règlements de la municipalité d'Oka et d'annuler l'exemption de taxes des Mohawks de Kanehsatake. En d'autres mots, la loi S-24 transforme Kanehsatake en simple municipalité et attaque le principe d'autodétermination de cette communauté.

Face à l'invasion de janvier 2004, plus de 300 personnes de la communauté ont manifesté devant la station de police de Kanehsatake où se trouvaient la soixantaine de policiers engagés par Gabriel. Les policiers ont répliqué en utilisant des gaz lacrymogènes contre les manifestants. Après cette attaque, une poignée d'individus sont à leur tour aller mettre feu à la maison de James Gabriel. Après un siège de plus de 24 heures du poste de police et une négociation menée par les 3 chefs dissidents face à Gabriel et d'autres chefs mohawks, la force d'invasion policière se retirait du territoire de Kanehsatake. Depuis ce jour, James Gabriel et ses acolytes mènent leurs opérations à partir d'un hôtel de Laval.

La résistance de la communauté de Kanehsatake et l'expulsion de Gabriel et de sa milice privée hors du territoire est loin d'être illégitime. En décembre 2001, la communauté de Kanehsatake s'organise et révoque Gabriel de son poste de Grand Chef du Conseil mohawk de Kanehsatake par un vote de non-confiance. Cependant, Gabriel (qui avait promit de respecter la décision de la communauté) se tourne vers la cour fédérale, laquelle émet une injonction permettant à Gabriel de conserver son poste de Grand Chef. Même si la majorité des membres de la communauté ne considèrent pas Gabriel comme leur Grand Chef, celui-ci continue de régner sans mandat clair et sans respecter les principes de démocratie participative, principes traditionnellement appliqués dans les communautés mohawks. Tout au long de son règne, Gabriel continue d'essayer de mettre en place les mesuresqui détruisent l'autodétermination du peuple Mohawk de Kanehsatake, comme la loi S-24 et l'Entente tripartite policière, qui donne tout le contrôle de la force policière de Kanehsatake à Gabriel et ses acolytes, en plus d'imposer à la police Mohawk de se soumettre à la juridiction québécoise et de demander assistance à la SQ et la GRC plutôt qu'aux autres services de police Mohawk. De plus, Gabriel continue d'utiliser l'argent de la communauté pour payer sa milice privée et sa firme de relations publiques.

Pour la majorité des membres de la communauté, qui ne font pas partie de l'entourage loyal à Gabriel, la situation est grave. Les services se détériorent dû au manque de budget et le chômage dans la communauté est flagrant. Face au manque réel d'emploi, la seule porte de sortie de
plusieurs personnes dans la communauté est la vente de cigarettes autochtones sur le territoire de Kanehsatake. La culture et la traite du tabac est une pratique traditionnelle pour les Mohawks. Contrairement à la propagande médiatique sur les cigarettes "illégales", les Mohawks maintiennent qu'ils et elles ont tous les droits de cultiver, produire et vendre du tabac sur leur territoire. Cette économie est non seulement la seule manière pour plusieurs individus de mettre du pain sur la table, mais aussi une manière de développer une indépendance économique face à un Conseil de bande corrompu et aux politiques des gouvernements fédéral et provincial qui maintiennent les communautés autochtones en situation de dépendance économique.

Le 5 mai 2004, 5 ans et un jour après la mort de Joe David[2], la force policière de Gabriel tente d'entrer à nouveau dans la communauté de Kanehsatake. Une fois de plus, la communauté s'organise et expulse la force d'invasion policière. Malgré cette résistance, les gouvernements québécois et canadien continuent de prétendre que James Gabriel est le représentant légitime de Kanehsatake, même s'il devient clair que la communauté ne veut plus rien savoir de lui. Jusqu'à maintenant, Gabriel et sa milice se sont tenus hors de la communauté, mais au fur et à mesure que se rapproche l'élection au conseil de bande (qui doit se tenir au mois d'octobre), la milice de Gabriel menace de "reprendre le contrôle" de la communauté. La lutte n'est pas encore gagnée pour la communauté de Kanehsatake.

Il est important pour le mouvement anarchiste et la classe ouvrière nord-américaine et internationale d'appuyer la lutte de la communauté de Kanehsatake contre une classe politique corrompue, contre l'interférence et les politiques coloniales des gouvernements canadien et québécois. Contrairement à la propagande raciste et coloniale des gouvernements et des médias capitalistes, la communauté de Kanehsatake n'est pas "contrôlée par des éléments criminels et violents". Après plusieurs visites à Kanehsatake, des membres de la NEFAC (ainsi que d'autres anarchistes et activistes) ont pu constater que la résistance à Kanehsatake est celle d'une communauté fière et solidaire qui lutte pour l'autodétermination et pour le droit à ses terres. C'est pourquoi nous appuyons ouvertement les Mohawks de Kanehsatake dans leur lutte.



[1] Texte repris du site de la NEFAC : makhno.nefac.net/ et diffusé par A-Infos.

Pour un texte en français avec plus de détails sur veillez consulter: http://makhno.nefac.net/html/drupal/node/view/1201. Pour prendre par à la campagne de solidarité avec la communauté de Kanehsatake: Le Mouvement de solidarité avec les peuples autochtones/Indigenous People's Solidarity Movement (IPSM), Montréal: ipsm(a)resist.ca.

[2] Joe David est un Mohawk de Kanehsatake qui fut paralysé après avoir été brutalement attaqué par deux policiers de la force de Gabriel en 1999.


Pour revenir à la rubrique "Droits des humains" :

Pour revenir au Plan du site :

Pour revenir à la page d'accueil :